dimanche 25 mars 2012

Retour sur la conférence d'Ottawa

Jérémie Lebel




Du 15 au 18 mars, je suis allé à Ottawa avec deux autres membres de la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval pour en apprendre plus sur la contribution du Canada à la promotion de la démocratie dans le monde. En voici un bref aperçu.

En compagnie de Nancy Dupont, déléguée aux finances, et de Sabrina Zouaghi, secrétaire et responsable de notre projet sur le Printemps arabe, j’ai assisté à une fin de semaine complète d’activités et de conférences sur le sujet. Le colloque, organisé par Droits et Démocratie, avait pour titre "La contribution du Canada à un monde plus démocratique" et portait sur les initiatives canadiennes en matière de promotion de la démocratie  à l'étranger.

Nous avons commencé par visiter le Parlement canadien, où nous avons rencontré Hélène Laverdière, critique officielle en matière d’affaires étrangères, qui nous a confirmé que la vie de député est incompatible avec le sommeil et la nutrition, mais est aussi profondément gratifiante. Nous avons ensuite assisté à un spectacle de cirque assez bruyant, que la convention désigne sous le nom de période des questions (c’est vraiment aussi pire qu’on le dit).

Mais nous avons surtout pu découvrir le milieu des professionnels en la promotion de la démocratie. Il existe un éventail d’organismes publics, parapublics et indépendants qui travaillent à renforcer les institutions démocratiques là où elles existent et à favoriser leur émergence là où elles sont absentes. L’institution canadienne directement responsable de ce mandat est l’agence Droits et Démocratie, basée à Montréal, qui bénéficie d’une indépendance relative face au gouvernement (ses décisions sont autonomes mais son CA et son président sont nommés par le Cabinet, et son financement vient du gouvernement). Élections Canada accomplit aussi un travail de partage de son expertise avec des gouvernements étrangers. Le Centre parlementaire, quant à lui, travaille pour renforcer les capacités des régimes parlementaires partout dans le monde, par exemple en formant les députés au travail en comités ou à la mise en place d’un cadre rigoureux d’élaboration et de surveillance du budget. L’Association canadienne des ex-parlementaires a aussi intégré une mission de promotion de la démocratie à son travail. À l’étranger, le National Democratic Institute (NDI), créé par le gouvernement américain et relié par ses réseaux au Parti démocrate, est l’un des plus gros joueurs. Beaucoup de Canadiens y travaillent, ce qui crée des réseaux de sympathie permettant plus facilement à des expatriés d’ici de s’y placer.

Nous avons aussi rencontré des représentants de Canadem, une entreprise qui agit comme une agence de placement, mais dans le domaine précis des stages dans le secteur de l’observation électorale. Moyennant des frais assez élevés, l’organisation trouve un stage au participant et l’y prépare. L’observation électorale est un créneau spécial, dans lequel les acteurs sont essentiellement impuissants; néanmoins, c’est un travail utile qui peut en intéresser plusieurs.

Le monde du développement démocratique n’est pas exempt de controverses politiques, comme en témoigne la crise qui a secoué Droits et Démocratie en 2008-2009. L’indépendance des organisations dépend toujours de leur acte constitutif et surtout de l’origine de leur financement. Par exemple, une grosse part du financement du NDI américain vient de l’agence américaine d’aide au développement (USAID). Au Canada, le financement de Droits et Démocratie est donné par le Ministère des affaires étrangères et par l’Agence canadienne de développement international. Ces limites existent cependant dans le reste du monde du développement international.

Les compétences professionnelles recherchées dans le milieu du développement démocratique sont globalement similaires à celles du développement en général. L’expérience terrain est très valorisée, ce qui peut mener au paradoxe d’ « il faut de l’expérience pour avoir de l’expérience ». Les parcours des professionnels sont généralement marqués par des études libérales, des affinités avec le monde du développement ou celui de la politique, et un fort intérêt pour les affaires internationales.