samedi 25 février 2012

La montée du fondamentalisme religieux en Tunisie post-révolution: doit-on avoir peur pour la démocratie et l’État de droit?

Yassine Boukhedouni

De retour d’un voyage en Tunisie le mois de janvier 2012, le célèbre journaliste britannique de The Independent, Robert Fisk, fait un constat sombre de ce que vivent les Tunisiens un an après leur révolution pour la dignité et la chute de la dictature de Ben Ali. En plus d’un taux de chômage élevé parmi les jeunes (800 000 chômeurs sur un total de 3.5 millions de la population active), un taux de croissance annuel moyen de zéro pour cent durant l’année 2011, ce qui est normal dans un pays en transition et où 80 pour cent des entreprises internationales ont quitté la Tunisie, Fisk découvre un nouveau visage de cette dernière.

En effet, l’élection d’un parlement à majorité islamiste, avec 40 pour cent des sièges obtenus par le mouvement Islamiste Ennahda et surtout la montée d’un courant du fondamentalisme religieux, le Salafisme, ont donné naissance à l’intolérance sociale menant à maintes reprises vers la violence et la terreur, des valeurs inconnues par les femmes et hommes tunisiens même pendant la dictature de Ben Ali.

On ne peut pas nier le fait que les islamistes et les Salafistes sont ceux qui ont le plus souffert de la dictature du président déchu Ben Ali. Or, après des décennies d’emprisonnement, de torture et d’interdiction du travail politique ou associatif, ces courants trouvent dans la Tunisie post-révolution le climat favorable à leurs comportements non conformes aux valeurs et à l’Histoire de ce pays qui datent de plusieurs longs siècles.

À titre d’exemple, la ville de Sejnane au nord du pays s’est transformée début 2012 en un Émirat salafiste où les tenants de ce courant sèment la terreur et imposent leur loi selon le quotidien tunisien El Maghreb. Pour les Salafistes qui sont en total désaccord avec le mouvement islamiste d’Elnnahda, parce que la Tunisie est libre et est redevenue majoritairement islamiste, c’est à eux de faire appliquer la religion même en semant la terreur et l’anarchie et en intimidant les gens parce qu’ils ont commis tel ou tel péché.

C’est le cas dans cette ville tunisienne du Nord, en l’absence de l’État et des autorités sécuritaires, une poignée de salafistes profite de la situation pour faire appliquer les limites de la religion sur les pécheurs. Certains de ces derniers ont bu de l’alcool.

Loin de Sejnane et à 160 KM à l'ouest de la capitale Tunis, dans la ville de Jandouba, les Salafistes sont allés trop loin en défiant les autorités de l’État tunisien. (Il faut rappeler que la notion de l’État-nation moderne comme on la connaît n’existe pas dans leur dictionnaire, mais mettre en place un Califat islamique où la Charia se pratique à la lettre reste leur souhait le plus vif). En effet, le jeudi 23 février 2012, ils ont mis le feu à un commissariat de police après l'arrestation de l'un d'entre eux.

Selon ce que le quotidien d’information générale 20 minutes a rapporté : « Les forces de sécurité poursuivent quelque deux-cents salafistes armés d'épées et de bâtons après un échange de cocktails Molotov et de grenades lacrymogènes », raconte Omar Inoubli, un habitant de la ville de Jandouba. « Ces groupes ont mis le feu à un commissariat. Les haut-parleurs des mosquées diffusent des appels au Jihad (guerre sainte) », ajoute-t-il.

Dans la ville de Jandouba comme celle de Sejnane et ailleurs, les Salafistes ne sont là que pour créer d’autres tensions sociales et politiques dont la Tunisie n’a pas besoin, surtout dans cette étape historique critique que traverse le pays. Vouloir imposer un mode de vie strict, des tenues vestimentaires, pour les femmes et pour les hommes, importées de la péninsule arabique ou du Golfe Persique ne va en rien aider la Tunisie, État et société, à dépasser la crise qu’elle vit comme ne va pas non plus servir l’Islam et son message que les tenants de ce courant idéologique prétendent diffuser.

Avec la crise économique, la montée du fondamentalisme religieux en Tunisie doit être vue comme la pire menace de l’État de droit pour lequel les Tunisiens ont fait leur révolution et aussi à ce que les Tunisiens ont acquis en matière de libertés.

mercredi 22 février 2012

Tunisie: le second départ


Par Geneviève Beaulieu Veilleux




Après un coup révolutionnaire encore tout frais, la Tunisie est depuis un peu plus d’un an entrée dans une phase de transition. Si de profonds changements secouent le pays d’Afrique depuis la chute du président Ben Ali en janvier 2011, ce n’est pas pour demain que la liberté de presse sera instaurée pour de bon. Toutefois, l’espoir persiste dans le cœur des journalistes et de la population si on en croit les conférenciers invités à la semaine de Droits et Démocratie de l’Université Laval.

«Il faut se rappeler que la liberté de presse n’est pas consacrée dans les écrits, on y parle plutôt de liberté d’expression», indique Louis-Philippe Lampron, professeur de droit à l’Université Laval. Ainsi, selon les libellés, penser, parler, écrire, et imprimer librement sont des concepts défendus par la loi sous certaines limites.

M. Lampron insiste cependant sur le fait que la liberté de presse est une notion sinequanone des régimes démocratiques. «Cette liberté passe notamment par la protection accrue des journalistes et par une garantie d’indépendance des médias», indique-t-il. Le professeur pointe ici du doigt l’intimidation qui a longtemps pesée sur le métier de journaliste en Tunisie pendant l’ère dictatoriale.

Invité à commenter la situation ancienne et présente de la liberté de presse en terre tunisienne, Taïeb Moalla, journaliste et Tunisien d’origine, n’y est pas allé de main morte. «On est passé de 50 ans de constipation à une diarrhée verbale totale. Ce n’est pas beau, mais ça soulage!», laisse-t-il tomber. D’après lui, dénoncer la censure est un devoir, une question de principe. «Il faut protéger la liberté d’information et la presse de la censure ou de l’intimidation qu’on soit lecteur ou bien journaliste», continue-t-il.

Employé au Journal de Québec, M. Moalla insiste sur le fait que le métier de journaliste est demeuré le même depuis 25 ans. «Ce sont les conditions qui ont changé. On est nettement plus en sécurité maintenant. Le nombre de fois où un journaliste devait risquer sa peau pour livrer la nouvelle sous Ben Ali, c’est inimaginable!», s’exclame-t-il. Le journaliste parle par expérience, mais on peut également se rappeler le cas de Soufiène Ben Hamida, de la chaîne Nessma, qui a subi de l’intimidation lorsque des rebelles ont «tagué» sa voiture du mot «mécréant». De nombreux autres journalistes ont été violentés ou agressés sexuellement dans l’exercice de leur fonction comme la journaliste de CBS Lara Logan l'a été en Égypte en février 2011.

Après la chute de Ben Ali ou «prédateur de la liberté de presse» comme on aime à le surnommer, l’espoir renaît pour la libre circulation de l’information. Toutefois, les mauvaises habitudes sont tenaces et c’est avec une certaine réserve que M. Lampron et Moalla entrevoient la transition de la Tunisie. «On a retrouvé la liberté, maintenant il n’est pas question de nous l’enlever de quelque façon que ce soit. Il faut se battre au quotidien, la propagande n’est plus aussi visible qu’avant, mais elle est toujours dans l’air de façon plus subtile», déclare le journaliste.

Si la multiplication des sources médiatiques est positive en soi aux yeux du Tunisien, la qualité laisse parfois à désirer. Monsieur Moalla conserve un bon espoir que la crédibilité revienne. «Il faut juste garder en mémoire que si une connerie est publiée 100 fois ou même 100 000 fois, ça n’en devient pas plus une vérité. Il faut faire preuve de rigueur.»

Comment regagner la crédibilité de la population après des décennies de désinformation médiatique et d’accointances entre les médias et la famille Ben Ali ? Le journaliste estime qu’il importe de multiplier les reportages de terrain, car plus l’information sera prouvée, plus la crédibilité risque d’être au rendez-vous. Il concède que les journalistes tunisiens ont beaucoup à se faire «pardonner». Toutefois, la volonté serait là.
Et la Tunisie dans 20 ans ? «Je rêve de démocratie, du respect des libertés et je sens que cela est possible. On a fait fuir nos dictateurs sans aide extérieure et on a tenu une élection démocratique libre moins d’un an après notre révolution, c’est un pas énorme!», souligne M. Moalla confiant.

Comme l’indiquait le mois dernier Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporter sans frontière, dans une lettre ouverte aux dirigeants tunisiens, le nouveau pays en est à ses premiers balbutiements avec la liberté et certains conseils sont les bienvenus. «Il est plus que jamais temps que les nouvelles autorités prennent leurs responsabilités face à l’ensemble de ces problèmes. Elles doivent envoyer un signal fort à tous ceux qui bafouent la liberté d’expression et la liberté des journalistes à pouvoir informer en toute indépendance. Au-delà des polémiques, des questions politiques et des convictions religieuses individuelles, la liberté d’expression, en tant que premier acquis de la révolution, doit faire l’objet d’un consensus et être protégée par tous. Elle est l’affaire de tous. Le point d’entrée vers la liberté. Le point de retour vers la dictature.», soutient M. Julliard.

samedi 18 février 2012

Entrevue avec Tamylia Elkadi

http://vimeo.com/35481996  

Pendant que les élections égyptiennes battent leur plein jusqu'en mars 2012, Tamylia Elkadi, étudiante à l'Université de Montréal, nous explique ce qu'elle a vécu au moment du déclenchement des révolutions, au Caire, en janvier 2011. L'entrevue a été réalisée à l'automne dernier par Laurence Houde-Roy, de la Délégation Droits et Démocratie à l'Université Laval, qui est maintenant en France en échange étudiant.

Valse avec Bashar


Jérémie Lebel
[Publié dans Impact Campus, édition du 24 janvier 2012]



La mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie a été allongée d’un mois, alors que la répression et les tueries se poursuivent dans le pays. La guerre civile est de facto commencée.

Lors d’une rencontre au Caire, les pays de la Ligue arabe ont convenu d’accorder un mois supplémentaire à leur mission d’observation, qui prenait fin le 19 janvier. La mission était dirigée par Mohamed Al-Dabi, un général soudanais accusé d’avoir été responsable de la création des milices janjaweed, coupables d’exactions au Darfour. Le 11 janvier, l’un des observateurs, Anwar Malek, d’Algérie, a démissionné en qualifiant la mission de « farce », et disant que l’armée syrienne essayait à peine de dissimuler ses agissements.

Selon l’ambassadrice américaine aux Nations Unies, Susan Rice, la Syrie a carrément accéléré le rythme des meurtres depuis l’arrivée de la mission d’observation. Le bilan total des morts s’élève à environ 5000 morts, surtout des civils, depuis le début des troubles en mars dernier, selon les Nations Unies. La Syrie fait l’objet de sanctions économiques de la part de l’Union européenne et d’autres pays occidentaux, mais l’opposition russe et chinoise empêche le Conseil de Sécurité des Nations Unies de prendre des résolutions condamnant les exactions commises.

L’émir du Qatar a récemment appelé à une intervention arabe armée en Syrie pour mettre fin aux violences. Néanmoins, ce scénario apparaît très improbable, vu le peu d’impact de la mission d’observation, et vu l’extrême sensibilité politique d’une telle intervention. Qui plus est, une intervention aérienne comme en Libye est impossible, car les combats ont lieu dans des zones urbaines densément peuplées. L’information émanant du pays pointe vers une guerre civile déjà commencée, et la possibilité d’affrontements interconfessionnels sanglants. La chute de Bashar Al-Assad est inévitable; le quand et surtout le comment demeurent des variables inconnues.

Un documentaire à voir

Jérémie Lebel

Beaucoup de reportages ont été publiés au sujet de la Libye depuis le début de la révolution et surtout depuis l'intervention aérienne de l'OTAN, qui commença le 19 mars 2011. Il est cependant rare de voir des reportages réellement tournés sur le terrain, avec un souci de montrer l'expérience vécue par les combattants eux-mêmes et comment ils vivent la guerre comme personnes happées par le tourbillon de la lutte.

J'ai eu la chance l'autre jour de découvrir sur Al-Jazeera un documentaire appelé "Holding the Line", de Patrick Wells, que je recommande chaudement à tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin au Printemps arabe. Le cinéaste a accompagné durant trois semaines un groupe de jeunes combattants près de Misrata et s'est attaché à montrer la guerre telle qu'ils la vivent. Le résultat est brillant. Point ici de mise en scène hollywoodienne, ni de surenchère dans le pathos. Ce qu'on voit, c'est une guerre réelle, où les combattants tirent de loin, ou ils mangent ensemble, où ils parlent des bombes qui tombent comme ils parleraient de la météo qui se calme (l'inhabituel devient habituel).

Notez, en particulier, l'étrangeté sinistre de la scène tournée en vision nocturne ou l'un des combattants décrit son expérience du fait de tuer. On y lit toute la banale horreur de la violence.

Faites attention à la fin: elle peut émouvoir. La mort ne se préoccupe pas de la justice quand elle frappe.

Le dilemme de l'islamisme



Jérémie Lebel

Chronique

La montée de l’islamisme est dans doute l’un des sujets les plus discutés quant au Printemps arabe. Un rôle accru pour les partis religieux semble inévitable dans tous les régimes politiques post-révolution, ce qui cause des débats sans fin sur si nous devrions déjà enterrer la démocratie ou célébrer l’intégration des croyants dans le jeu politique standard. Devrions-nous craindre la diffusion d’un modèle de théocratie à l’iranienne? Pas exactement. Cependant, je crois que l’on peut défendre les valeurs libérales malgré les différences culturelles. Je soutiendrai ici que l’arrivée de la démocratie est en soi une bonne chose, même et à cause qu’elle inclut des partis islamistes, mais que les idées islamistes devraient être combattues, quoique de manière démocratique et rationnelle.

Pour commencer, les partis islamistes ont souvent bien peu en commun. Ils sont rarement transnationaux, ce qui affecte beaucoup leur programme. Ennahda, par exemple, est un parti tunisien avant d’être un parti islamiste. Bien sûr, ses leaders ont de la sympathie pour la cause palestinienne, mais on peut dire de même du Parti Libéral du Canada et de la cause tamoule. Ennahda ne cherche pas à établir un califat avec tous les pays du Maghreb, mais seulement à diriger la Tunisie. C’est aussi avant tout un parti politique, au contraire du Hezbollah libanais, qui est un mouvement social / milice / groupe terroriste / parti politique. Ennahda ne fournit pas de services sociaux, à part pour gagner quelques votes, à la manière des partis politiques québécois dans les années 40. Les Frères Musulmans égyptiens sont encore une autre sorte d’entité. Ils sont d’abord un réseau de réseau, un mouvement social dédié à l’islamisation de la société. Leur parti, Liberté et Justice, est une création récente. Le Hezbollah libanais, tel que mentionné, est à son tour un type de mouvement totalement différent. L’appeler « mouvement terroriste » n’est pas inexact mais est incomplet.

Les partis islamistes sont tellement différents les uns des autres que l’étiquette est presque inutile pour décrire la réalité. Deux partis du même pays peuvent être dits islamistes, mais présenter des modes d’organisation, buts et même visions du monde très divergents. Le parti salafiste égyptien An-Nour, par exemple, est nettement plus radical que les Frères Musulmans. Même si certains membres des Frères peuvent avoir des opinions morales similaires, ils n’approuveront pas nécessairement leur focus extrême sur les mœurs sociales et sexuelles ou leur vision de la prise de décisions.

On peut quand même faire quelques observations. Tous les partis se disant islamistes ou islamiques, pour reprendre leur formulation, croient que la religion devrait jouer un rôle plus grand dans la société et la politique. Ils croient que plus de religion dans la politique aide à garder cette dernière plus morale. La plupart associent la culture arabe à l’islam et croient qu’un renouveau islamique est la clé d’un renouveau des sociétés arabes (les partis néo-fondamentalistes, comme An-Nour, ne se préoccupent pas de culture mais uniquement du respect d’un code moral). On peut aussi sans trop de risques avancer que la plupart des politiciens religieux sont conservateurs socialement et moralement. C’est un peu comme si quelqu’un créait un « Parti du Renouveau Chrétien du Canada » : on ne s’attendrait pas à ce que ce parti milite bruyamment pour l’introduction d’un cours sur le changement de sexe à la maternelle.

Disons aussi ceci : peu importe ce que nous en pensons, l’islamisme est là, et il est sans doute là pour rester. Les partis politiques existent pour répondre à une demande, et les partis islamistes ne font pas exception à cette règle. La démocratie implique de résister à notre désir d’éliminer l’inconfort par la force. Elle n’a pas de force si elle dépend de la répression. Les défenseurs des idées libérales doivent résister à la tentation d’approuver des compromis anti-démocratiques au nom de l’endiguement du péril islamiste. Les idées se combattent avec d’autres idées, pas avec des hommes forts avec des fusils.

De toutes manières, la religion ne remettra pas les gens au travail et n’éliminera pas la corruption, deux des enjeux les plus urgents présentement. Avoir des islamistes au pouvoir rendra ce fait clair pour tous. Il est très possible que l’islamisme mène à une laïcisation de facto de la politique, à mesure que la routine de la politique rendra clair que les partis islamistes ne sont au final que des partis, tout aussi faillibles que les autres.

Néanmoins, je crois qu’il faut défendre l’idée selon laquelle l’intrusion de la religion dans la politique est un danger pour la liberté et que l’État devrait rester au-dessus de la mêlée. Je ne défends pas la simple « tolérance » des autres confessions que l’islam, comme certains comprennent la liberté de religion : je prône le droit absolu de changer de religion à partir de et vers n’importe quelle confession, de n’avoir aucune religion, de pouvoir faire du prosélytisme pour n’importe quel système de pensée (hormis pour les discours haineux), le droit de se marier et de vivre hors de la foi, et dans un monde idéal l’absence d’éducation religieuse autre que comparative.

Nous prenons la plupart de ces droits pour acquis. Cependant, dans la majorité des pays arabes, elles n’existent pas ou leur portée est restreinte. La Tunisie est souvent dite laïque, mais elle ne permet pas le mariage d’une musulmane avec un non-musulman. Des restrictions au prosélytisme chrétien existent dans plusieurs pays arabes. En Égypte et au Liban, pour ne citer qu’eux, le mariage civil n’existe pas. Les lois anti-apostasie, c’est-à-dire des lois punissant ceux qui renoncent à l’islam, sont heureusement rares, quoique les sociétés arabes voient généralement mal ceux qui renoncent à leur religion.

Selon moi, la liberté de religion est la même chose que la liberté de conscience. Une religion est un système de pensée décrivant le monde, lui donnant un sens, et donnant des instructions quant à comment vivre. Une religion n’est pas intrinsèquement différente d’un autre système de pensée, à part de sa prétention à provenir d’une source surnaturelle. Il n’y a donc pas de raison justifiable de limiter la liberté de religion. La limiter, ou baser les services publics sur l’appartenance religieuse ou son absence, revient à limiter la liberté de conscience. Une fois ce point reconnu, les débats politiques autour de la religion deviennent incomparablement clairs. Admettrait-on qu’un État interdise les mariages entre libéraux et libertariens? Admettrait-on qu’un État interdise aux conservateurs de diffuser leurs idées, et ce même si 98% de la population est socialiste?

Garder l’État laïque est un idéal digne d’être défendu, et qui selon moi est indissociable de la défense de la démocratie. Quand l’âme n’est pas libre, le citoyen ne l’est pas non plus. C’est pourquoi ma position en tant que défenseur de la démocratie libérale est de combattre les propositions islamistes, tout en reconnaissant leur droit de les défendre.

Un an, jour pour jour

Sabrina Zouaghi

Une année aux péripéties que nul ne croyait possibles, qui semblaient flotter au-dessus de la portée de ce peuple, telle une utopie réveillant les sens, faisant rêver à outrance. Pourtant, il ne fallut qu’un seul homme pour que ce doux rêve fasse écho dans la réalité, trouve refuge dans les cœurs meurtris, avares d’espoir et de jours meilleurs où leur voix, franchissant esprits et frontières, atteignent de plein fouet la perplexité de ceux qui jamais ne crurent cela possible.

Toi, sorti de nulle part, comment cela se fait-il que le monde entier connaisse ton nom, chargé de symboles de délivrance, de soulèvement par le peuple, de liberté ? Comment se puisse-t-il que Mohamed Bouazizi allie joie et tristesse, espoir et incertitude, changement et inertie ? Pourquoi l’Histoire se souviendra-t-elle de toi, mais pas de ceux qui poursuivirent dans ton sillage le chemin vers l’affranchissement?

Sidi Bouzid, Tunisie, berceau de la révolution aux deux noms. Nul besoin d’étayer davantage le récit des événements, car tous la connaissent, du moins l’essentiel. Je ne cesse de me demander à quel point s’élevait ton courage ou ta détresse pour commettre l’irréparable, pour allumer ces sentiments et extérioriser le feu qui brûlait en toi. Quelle pensée perça ton esprit à l’instant même où tu incendiais ta rage ? Détenais-tu la prétention que ce geste rassemblerait tes frères et sœurs face à l’adversité, face à l’illusoire impossibilité ? Ou croyais-tu exempter ta famille d’une bouche de moins à nourrir ?

Quoiqu’il en soit, tu te retrouvas au Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous, où l’icône de tes tourments osa même s’enquérir de ta figure. Quelle joie as-tu due ressentir à l’annonce de sa fuite précipitée !

En une année s’est déroulée l’histoire d’une décennie : soulèvements populaires, départ d’un dictateur, une contagion de ce printemps arabe aux autres bled, une épuration – plus ou moins réussie – des anciens sympathisants de Ben Ali, la naissance d’une centaine de partis politiques, des élections, une Assemblée constituante… Qui aurait cru cela réalisable dans cet État comptant le plus grand ratio policier par habitants ?

Il ne faut nullement minimiser les impacts du sacrifice – dont les conséquences se font encore ressentir, où les conditions de la liberté s’imposent et les choix de société s’effectuent. Ils étourdissent les intellectuels, mais tous peuvent s’exprimer.

Mon discours ne veut pas porter nécessairement sur le fil des évènements suivant ton acte, Bouazizi, mais plutôt sur ce qui te poussa à l’extrême. Être témoin de l’ostensible richesse d’une poignée d’hommes qui ne le sont que par leurs liens avec l’Homme, sans rien à voir avec l’Humanité elle-même, dépourvus de ces qualités qui permettent de transcender le simple état bestial. Les savoir se remplir le ventre à n’en plus finir dans l’un de leurs somptueux palais, alors que tu peinais à trouver de la nourriture pour faire vivre ta famille, que tu te peinais de la peine d’essayer de travailler honnêtement pour quelques dinars sans que cette poignée d’hommes malhonnêtes ne le veuillent. La rage, la haine, le désespoir… Connaître ces sentiments partagés par le peuple entier gouverné par l’ingratitude et la méconnaissance de ses patriotes. Comment pouvoir accepter l’inacceptable et vivre muet par la honte de son bâillon de terre, maintenu par les matraques de certains de tes frères et sœurs de la bouliss ? Probablement que tu désirais vomir ton désarroi à l’égard de ceux qui, par intérêt pour eux-mêmes, collaboraient avec Shaitan et déversaient leur dégoût sur les innocents qui se voyaient contraints d’ouvrir leur porte-monnaie et déposer dans ces mains couverts de la honte du peuple les quelques dinars gagnés par un dur labeur. Corruption… mot cuisant et alimentant le feu qui réchauffe la honte.

Un an, jour pour jour.

Peu importe la perception des Tunisiens quant au changement effectif ou nominal…

Peu importe l’accord ou non qu’ils ont à l’égard de ton geste…

Peu importe que Ben Ali soit réfugié quelque part, à l’abri de la justice…

Peu importe …

La Tunisie pleure l’un des siens parti il y a un an exactement.

Peu importe, une famille se voile du deuil aujourd’hui. La Tunisie entière partage sa peine.

Aujourd’hui, je pense plus que jamais à toi, Mohamed Bouazizi. Je pleure avec ta famille de ton sacrifice, je connais ton désespoir, j’embrasse ta cause, je te remercie de la porte que tu as ouverte à ton peuple, à tes frères et sœurs du monde arabe. Puissent-ils se souvenir à jamais de ta rage et protéger le bled contre tout retour en arrière, contre tous ceux qui désirent mettre la main sur la fierté retrouvée du peuple.

Allah yarhmou.

Égypte: l'Islam politique s'assume, et inquiète

Jérémie Lebel

Lors de la première ronde des élections égyptiennes, les partis islamistes principaux ont récolté près de 60% des voix. Le fort succès des Frères Musulmans, qui sont depuis longtemps la plus importante force politique du pays, n'a pas surpris. Ce qui a créé un choc fut plutôt le score étonnamment haut du parti salafiste Al-Nour (la lumière), dont la conception ultra-conservatrice de la politique et de la religion a touché une corde sensible chez près de 24% des électeurs.

Alors que les Frères Musulmans se démènent pour montrer un visage favorable au monde et (pour les cyniques) affectent au moins une préoccupation pour les droits des femmes et l'égalité de tous, les salafistes n'en ont cure. Ils défendent une vision très rigide et conservatrice de l'Islam politique, où la loi divine a suprématie sur toute autre loi. Ils se sont attiré des critiques durant les élections pour avoir remplacé les photos de leurs candidates par des images de roses ou par la photo de leur mari; après tout, selon eux, pourquoi mettre la photo de la candidate si son visage est de toutes manières invisible à cause du voile intégral? Un candidat salafiste a aussi déclaré que le célèbre auteur Naguib Mahfouz soutenait "la prostitution et l'athéisme" et que la démocratie était un "blasphème". Soulignons que l'idée des roses a causé la risée de plusieurs Égyptiens, ce que les salafistes n'ont pas pris avec beaucoup d'humour. En dépit de leurs idées manifestement rétrogrades, les salafistes devraient récolter non pas moins, mais plus d'appuis dans les prochaines rondes, car les régions qui ont encore à voter sont plus rurales et conservatrices.

Il convient de rappeler que l’Égypte est un pays plutôt conservateur, avec des lois relatives à la religion qui sont très peu progressistes. En décembre 2010, le Pew Research Center a publié un rapport sur la perception de la politique et de la religion dans le monde musulman. Les résultats pour l’Égypte étaient assez décourageants pour les défenseurs de la démocratie libérale : 95% des répondants disaient appuyer un rôle large de l’Islam dans la politique, 54% approuvaient la ségrégation des hommes et des femmes au travail, 82% approuvaient la lapidation comme châtiment de l’adultère et 84% approuvaient la peine de mort pour les apostats (ceux qui renoncent à leur religion, quoique cela ne s’applique que pour les musulmans qui veulent quitter leur foi et jamais à ceux qui veulent devenir musulmans). La constitution égyptienne stipule qu’aucune loi ne peut contredire la loi islamique, ou shariy’a ( شريعة). Notons ici que définir la shariy’a est très difficile, puisque c’est un ensemble de règles, d’interprétations et de commentaires en constante évolution. Néanmoins, il demeure que l’Islam est officiellement la « religion de l’État » en Égypte; l’adoption du droit international dans le droit interne est subordonnée à des réserves basées sur le respect de la shariy’a.

Concrètement, cela signifie, par exemple, que le mariage entre une musulmane et un non-musulman est interdit, comme si l’État devait avoir son mot à dire là-dedans. Dans d’autres domaines, comme le châtiment de l’apostasie ou les permis de construction pour des églises, la position officielle est plus permissive, mais les attitudes rigides des décideurs et fonctionnaires locaux se traduisent par du harcèlement et des difficultés pour ceux qui transgressent les interdits religieux ou appartiennent à une autre foi. Notons également que la « tolérance religieuse » ne va pas au-delà des trois religions abrahamiques; le culte Baha’i, par exemple, est interdit de pratique en Égypte.

Quoi conclure de tout cela? De quoi devrions-nous avoir « peur »? La montée de l’islamisme se traduira-t-elle par le chaos et la guerre? Cela au moins n’arrivera pas aussi longtemps qu’Israël continuera d’exercer une domination militaire aussi totale sur ses voisins. « Nous » n’avons rien à craindre; les Égyptiens, oui. Les mœurs privées ne devraient pas être l’objet de l’œil du régulateur. J’aimerais voir un politicien égyptien citer la phrase fameuse de Trudeau : « l’État n’a pas sa place dans les chambres à coucher de la nation ». De plus, le type de « pensée » qui caractérise le salafisme en est un qui fuit fièrement la raison et l’humanisme en faveur d'un absolutisme fermé. Leur moralité n’est pas ancrée dans le souci des autres ou la raison, ce qui laisse la porte ouverte à la justification de presque n’importe quoi. Quand on combine cela avec la mentalité de groupe fermé qui est la marque des fondamentalistes de toutes sortes, on peut comprendre pourquoi les Coptes ont peur pour leur sécurité.

La démocratie, selon moi, ne devrait pas seulement signifier le règne de la majorité. Elle signifie aussi un arrangement institutionnel qui garantit la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté d’association, l’indépendance de la justice et la discussion rationnelle comme outil de base pour l’élaboration des lois. Je ne crois pas qu’une aussi large conception de la démocratie prenne racine en Égypte dans un futur proche. J’espère seulement que l’Égypte ne tombe pas trop profondément dans le piège de la religion politique, ce qui ne peut pas lui apporter grand-chose de bon.

L'effet Bouazizi

Yassine Boukhedouni

Bien que les Égyptiens nomment leur révolution : La révolution du 25 janvier, ses agitations premières trouvent leurs origines dans la série d’immolations de jeunes égyptiens, depuis le début du mois de janvier 2011, exprimant leur refus du niveau de vie de la majeure partie du peuple égyptien, les inégalités dans le pays, l’absence des libertés, les brutalités policières ainsi que le désir d’une égale distribution des richesses du pays.

« L’effet Facebook » : Comme dans le cas tunisien, Internet, avec ses multiples utilisations, a joué un rôle crucial dans le déclenchement de la révolution égyptienne de 2011. En effet, les réseaux sociaux sur Internet, entre autres Facebook et Twitter, ont beaucoup aidé les militants pour la démocratie et les droits de l’homme en Égypte et dans les autres pays arabes, à organiser, déclencher et mener à bien les mouvements insurrectionnels qui secouent la région.

Tout a commencé le 25 janvier 2011 après un appel lancé sur Facebook par un groupe de jeunes internautes : le mouvement du 6 avril. Or, comme sous n’importe quel régime autoritaire et dès les premières journées, les manifestations furent violemment réprimées par les forces de sécurités, qui coupèrent internet ainsi que les communications mobiles dans tout le pays.

Sentant le danger que représente la chaine qatarie El Jazeera pour le règne du président égyptien déchu Moubarak, les autorités tentent à partir du 27 janvier 2011 de fermer ses bureaux du Caire. Malgré cette coupure voulant notamment empêcher les internautes ainsi que les journalistes d’effectuer leur travail, les Égyptiens descendent de nouveau par dizaines de milliers dans la rue le 28 janvier 2011 pour ce qu’ils appellent « le vendredi de la colère ».

« Je n’avais pas l’intention d’être de nouveau candidat à la présidence » : Au pouvoir depuis 31 ans et à l’âge de 83 ans, le président déchu, dans son premier discours du 29 janvier 2011, commence à sortir ses cartes. Il veut séduire ses citoyens en destituant son gouvernement et nommant un vice-président, mais la riposte des Égyptiens est claire : ils se durcissent et l’occupation de la place Tahrir par ces derniers commence le 29 janvier 2011. Le jour de son premier discours, le 1 février 2011, l’ONU évoque 300 morts, 3 000 blessés et des centaines d'arrestations, les victimes de la répression violente des manifestants.

« Ma’arakate Eldjimal ou la bataille des chameaux » : Les 2 et 3 février 2011 étaient les jours les plus troublants de ces manifestations. En réponse à l’occupation de la place Tahrir par les manifestants, les Baltajiya (des nervis, des hommes de main payés ou des policiers déguisés en manifestants) et des partisans de Moubarak les ont attaqués à dos de chameau, avec des bâtons et des cailloux. Les heurts continuent pendant deux jours et le bilan est alors de six morts et 836 blessés. Un évènement qui traduit bien la bassesse de la politique primitive de ce régime dictatorial.

Les jours qui suivent voient se dérouler d’énormes mobilisations contre ce pouvoir. Le nombre des manifestants se compte désormais par centaines de milliers, tous réunis, jours et nuits, à la place Tahrir ou dans les autres grandes villes. Les journées du 6, 7 et 8 février étaient celles du vice-président Omar Sulaiman qui tente avec toutes les manières d’entamer un dialogue avec l’opposition et les représentants des indignés sur la place Tahrir. Le résultat de ses concertations fut un fiasco.

« Le communiqué n° 1 » : Comme à l’époque de la guerre Arabo-Israélienne les années 1960 et 1970, l’armée égyptienne reprend la méthode des communiqués, vu la sensibilité critique de la situation en Égypte. Elle explique son intervention par un souci de protéger la nation. De l’autre côté, Moubarak rappelle ses citoyens qu’il ne se représentera pas, comme il le leur avait promis, mais réaffirme qu’il poursuivra son mandat à terme, c’est-à-dire jusqu’à Septembre 2011. Par conséquence, les manifestants à la Place Tahrir brandissent leurs chaussures et demandent toujours son départ.

Lâché par les Américains, refugié à Charm El-Chikh, le président déchu décide de laisser ainsi le pouvoir vacant. C’est le vice-président Omar Sulaiman qui le déclare le 11 février 2011. Ainsi, après 3 semaines de manifestations et d’énormes mobilisations populaires, l’armée récupère le pouvoir en attendant la tenue d’élections démocratiques. À la place Tahrir ainsi que dans toutes les autres régions du pays, la population laisse exploser sa joie suite à l’annonce du départ de Moubarak. Selon le ministère de la Santé égyptien, publié le 16 février, le bilan de la révolution du 25 janvier 2011 est le suivant : 365 morts et 5500 blessés.

Tunisie: le combat pour la dignité

Yassine Boukhedouni

« Le pouvoir en Tunisie est un pouvoir fort…il est le descendant légitime de l’État national depuis 1956. » C’est avec ces mots que le journaliste et intellectuel tunisien Borhane Bsaies avait commenté la révolte populaire tunisienne, dans la populaire émission Al-Itijah Al-Mouakis « À contre-sens » sur la chaine de télévision qatarie Al Jazeera, en défendant le pouvoir déchu de l’Ex président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali., en fuite en Arabie Saoudite depuis le 14 janvier 2011,

Pourtant, trois jours plus tard (l’émission a été diffusée en direct le 11 janvier 2011), c’est la fin de ce régime policier fortement déstabilisé par d’énormes manifestations populaires qui le secouaient depuis trois semaines. Un gigantesque mouvement social qu’on appelle désormais « La révolution du Jasmin » donnera naissance à une autre semblable en Égypte et ailleurs dans le Nord-Afrique et le Moyen-Orient. On parle désormais du « Printemps Arabe ». Retour sur le déroulement de ces mouvements sociopolitiques qui agitent le Monde Arabe depuis le début de cette année 2011.

Tunisie : La révolution du Jasmin ou la révolution pour la dignité

Il faut être tunisien pour comprendre pourquoi les Tunisiens préfèrent de nommer leur révolution : Révolution pour la dignité; plutôt que la qualification donnée à elle en occident : La révolution du Jasmin. Or, en s’immolant un certain 17 décembre 2010, le jeune tunisien Mohammed Bouazizi, diplômé universitaire mais au chômage a osé se sacrifier pour exprimer ce ras-le-bol social et politique que vit tout un peuple, méprisé, tué et emprisonné par un pouvoir dictatorial qui gouvernait la Tunisie avec le tout sécuritaire depuis l’arrivée au règne du général Ben Ali le 7 novembre 1987.

Cinq jours (le : 22 décembre 2010) après l’immolation du Martyr Bouazizi, c’est le tour d’un autre jeune tunisien de la même ville de Sidi Bouzid, au centre du pays, en criant qu'il ne voulait «plus de misère, plus de chômage». Subissant le chômage, le mépris, la cherté de la vie et l’écart de croissance entre leur région et les autres régions touristiques au Nord de la Tunisie, les populations civiles descendent dans la rue pour manifester pacifiquement leur colère envers cet état des choses.

Le 24 décembre 2010 et à 60 km de la ville de Sidi Bouzid, dans la localité de Menzel Bouzayane, des affrontements violents entre la population civile et la police font un mort et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, les manifestations arrivent la capitale Tunis et comme dans toutes les tyrannies, la solution sécuritaire est la préférable. Les civils ont été violemment dispersés par les forces de l’ordre avec comme résultat plusieurs blessés du côté de la population civile.

« Je vous ai compris » : La petite phrase n’est pas celle de Charles de Gaulle à Alger en 1958 mais bel et bien celle du dictateur Ben Ali, qui 23 ans après son arrivée au pouvoir après un coup d’État, exprime sa compréhension de «la difficulté générée par la situation de chômage et son impact psychologique sur celui qui la subit». Fidèle à ses pratiques dictatoriales, l’Ex chef d’État tunisien dans son discours à la nation du 28 décembre 2010, le premier depuis le début des émeutes sociales qui agitent son pouvoir, promet un avenir meilleur mais au même temps met en garde les Tunisiens contre d’éventuelles demandes politiques mettant en cause son pouvoir.

Le 4 janvier 2011, le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, dorénavant symbole de la révolution pour la dignité en Tunisie et ailleurs dans le Monde Arabe, décède et 5.000 personnes marchent derrière son cercueil tout en criant vengeance jusqu'au cimetière. La révolution connait une autre phase dans les jours qui s’en suivent. Les 8 et 9 janvier furent deux journées meurtrières. En effet, les émeutes violentes dans trois villes du centre-ouest du pays, Kasserine, Thala et Regueb, font 21 morts selon les sources officielles et 50 morts d’après une source syndicale. Ainsi, les Tunisiens redécouvrent le vrai visage meurtrier du régime qui les gouverne d’une main de fer depuis deux décennies.

Dans son deuxième discours du 10 janvier 2011, le général promet 300 000 emplois d’ici 2012. Il est dans la possibilité d’en créer grâce à la générosité infinie de son collègue dans la tyrannie à l’Est, El Gueddafi de la Libye. La solution du tout sécuritaire n’est pas absente. Les portes des écoles et des universités ont été fermées et à partir du 12 janvier, un couvre-feu nocturne dans la capitale et sa banlieue est décrété par le remplaçant de l’ancien ministre de l’intérieur.

« Il n’y a pas de présidence à vie » : La décision aurait semblé avoir un caractère de soulagement si elle avait été déclarée il y a des années, mais dans le cas de Ben Ali lors de ces évènements, elle exprime une vraie peur au sein de son pouvoir. Dans son troisième discours depuis le début des émeutes et son dernier en tant que président de la Tunisie, Ben Ali s’engage à laisser le pouvoir en 2014, à arrêter les tirs contre les manifestants, à baisser les prix des produits de première nécessité et à lever la censure sur les sites internet. La riposte du peuple tunisien fut de braver le couvre-feu et de descendre dans les rues de la capitale Tunis et des grandes villes comme Carthage et Sidi Bou Saïd pour manifester leur joie.

En annonçant le 14 janvier 2011 la dissolution de son gouvernement et l'organisation d'élections législatives anticipées d'ici six mois, le président en fuite brûle ses dernières cartouches et le peuple tunisien, conscient de ce qui l’attend si ce pouvoir reste en place, veut son départ de la tête de l’État.

En fin de journée, le premier ministre Mohammed Ghannouchi déclare qu'il va assurer l'intérim de la présidence car le chef de l'État «n'est temporairement pas en mesure d'exercer ses responsabilités». Ce dernier a en réalité pris l’avion quelques heures plus tôt pour rejoindre la ville de Jeddah, en Arabie Saoudite. Le choix de ce pays n’est pas volontaire. Il se justifie par le fait qu’aucun pays allié du pouvoir de l’ancien président tunisien, entre autre la France et Malte, n’est prêt pour le recevoir. En quittant la gouvernance de la Tunisie et en prenant la fuite vers le Golfe, Ben Ali était obligé d’obéir à la volonté populaire pour une réelle transition démocratique où le peuple tunisien sera la véritable source de légitimité politique. Ce que les mois qui ont suivi ces évènements nous ont montré.

Les répercussions de la révolte populaire tunisienne dépassent de loin ses frontières. On va voir qu’à des centaines de km à l’Est de la Tunisie et même pas 10 jours après le renversement du régime de Ben Ali, c’est l'Égypte de Moubarak qui débute sa révolte populaire qui va pousser un autre dictateur arabe à quitter son fauteuil.

Comme à l'ancienne


AP Photo/Khalil Hamra

Jérémie Lebel

La Place Tahrir du Caire, qui fut occupée par les manifestants anti-Mubarak et où plusieurs trouvèrent la mort, est de nouveau la scène de manifestations de masse et de contre-mesures brutales, une semaine avant les élections parlementaires à venir. Durant la fin de semaine dernière, des dizaines de milliers de manifestants, autant laïques qu'islamistes, ont occupé la Place dans le cadre du "Vendredi d'une seule demande". Les protestations commencèrent vendredi soir, mais ne prirent de l'envergure que le samedi en journée, en réaction à la brutalité policière. De longues luttes ont opposé les manifestants à la police, qui utilisait des gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc pour neutraliser le mouvement. Le Ministère de la Santé égyptien fait état d'au moins 20 morts et 2000 blessés après la fin de semaine.

La police est accusée par les activistes et les médecins d'avoir délibérément visé le visage des gens avec les fusils à balles de caoutchouc, ainsi que d'avoir utilisé des balles réelles dans certains cas. Les balles de caoutchouc sont des munitions mieux caractérisées comme "moins-que-mortelles", car elles peuvent causer des dommages sérieux au corps humain si elles frappent des parties vulnérables et si elles sont tirées de trop près.

La cause des manifestations repose en l'effritement clair (et mérité) de la confiance envers le Conseil suprême des Forces armées (CSFA), qui détient le pouvoir effectif depuis le départ de Mubarak. Dans une proposition constitutionnelle faite le 2 novembre, le vice-premier ministre Ali Al Selmi a effectivement proposé un arrangement constitutionnel qui garantirait aux Forces armées le contrôle total sur leur budget et sur leur fonctionnement, ainsi que l'obligation de consulter le CSFA pour déclarer la guerre. Selon cette proposition, le CSFA nommerait 80 des 100 membres d'une nouvelle assemblée constitutionnelle et le Parlement 20. Le plan de transition actuel envisage une passation des pouvoirs totale au pouvoir civil dans un horizon de deux ans, avec bien sûr un contrôle de l'armée sur l'élaboration de la constitution.

Les élections parlementaires égyptiennes doivent avoir lieu le 28 novembre. Néanmoins, le pouvoir demeurera entre les mains du CSFA jusqu'à l'élection d'un président, qui est prévue pour la fin de l'année 2012 ou même 2013, un scénario qui déplaît profondément aux nouveaux occupants de la Place Tahrir.

La réponse des partis politiques égyptiens a été assez unie, mais avec des différences notables dans la virulence. Les Frères Musulmans, ainsi que leur aile politique Liberté et Justice, ont dénoncé les violences, mais n'ont pas demandé la dissolution du CSFA. Le parti Nour, d'obédience salafiste, a réitéré le droit de manifester, tout en accusant certains manifestants de vouloir créer le chaos et en rappelant son soutien au calendrier électoral prévu. Le parti libéral Wafd, le plus ancien d'Égypte, s'est joint aux dénonciations, en accusant au passage des "ennemis intérieurs et extérieurs" de l'Égypte de vouloir entraver la révolution.

La transition démocratique égyptienne est donc loin d'être terminée. Entamer le mur de l'impunité des forces armées et policières prendra du temps, de même qu'abolir conceptuellement la fusion régime-État qui caractérise encore le discours des chefs militaires, qui répètent que les manifestants devraient utiliser des "moyens légaux" - qui sont tous suspendus présentement. Une chose est claire, néanmoins: la vieille méthode ne fonctionne plus.

Une société à reconstruire


Geneviève Beaulieu Veilleux

Le printemps est bien entamé, mais l’été n’est point arrivé pour les pays arabes. Si la Libye vient de marquer un tournant décisif de son histoire avec la chute du dictateur Mouammar Kadhafi, quel scénario se dessine maintenant à l’horizon pour le pays d’Afrique ?
Alain Soulard, professeur de politique et analyste politique


Alain Soulard, professeur de politique et analyste politique à ses heures, croit en une reprise en mains de la Libye si un «effort commun considérable» est favorisé pour l’unité du pays et à long terme seulement.

Q1 Sur le plan politique, en quoi les actes terroristes commis par Mouammar Kadhafi et ses troupes ont-ils affecté le peuple libyen ?

Le règne de Kadhafi n’est pas tout rose ou tout noir. Certes, l’homme est un dirigeant qui a bafoué les droits humains et déclenché des guerres civiles, mais il a aussi fait avancer le pays dans une certaine direction, notamment en maintenant une certaine unité et en permettant aux femmes d’obtenir davantage de droits. En somme, la Libye de 2011 est décidément meilleure que celle qu’elle était au début du mandat de Kadhafi malgré ce qu’on sait aujourd’hui de ses agissements.

Q2 La mort du dictateur Kadhafi est-elle un dénouement préférable à son emprisonnement pour les victimes?

Personnellement, j’estime qu’il aurait été préférable qu’il y ait procès. L’homme se serait fait juger conformément aux us et coutumes des sociétés démocratiques. Cependant, sa mort et le mystère qui l’entoure concluent à un dénouement antidémocratique qui porte à questionnement pour cette société qui souhaite se «reconstruire».

Q3 Pensez-vous que les marques de violence retrouvées sur le cadavre de Kadhafi risquent de ternir la réputation des révolutionnaires ?

Il s’agit sans nul doute d’une tache au dossier. Où sont le respect et le procédé démocratique dans les comportements reprochés ? Si le Conseil national de transition laisse passer ce type d’agissements, je vais me mettre à penser que cette guerre civile n’a rien changé du tout.

Q4 Êtes-vous en accord avec le départ de l’Organisation des Nations Unies (ONU) du pays ? Pourquoi ?

Je suis tout à fait contre ce départ. Les premiers instants de la nouvelle Libye libre sont décisifs et le peuple a besoin de se faire encadrer. Il aurait été souhaitable que des conseillers de L’ONU soient sur place pour aider aux aspects économiques et politiques, notamment. La démocratie s’acquiert avec de la supervision, des essais et certaines normes culturelles.

Q5 Doit-on craindre à nouveau les actes de représailles entre groupes rebelles et groupes pro Kadhafi ?

Éventuellement, les actes de violence vont cesser. D’ici là, il faut espérer que le réflexe naturel de l’humain qui est de se venger se transforme en réconciliation. Lorsqu’on constate que sévissent encore des génocides ethniques comme à Tawargha, on voit qu’il reste, malheureusement, bien du chemin à parcourir.

Q6 Comment un retour à l’équilibre est-il possible au pays ?

À long terme, l’objectif est réalisable. Le problème majeur touche la question de la succession. La Libye étant très divisée, je souhaite seulement que chaque tribu y trouve son compte. Il y a un gros travail à faire quant à la construction des lois, car chaque clan risque de vouloir imposer son idéologie. Or, le pays doit éviter de se fragmenter et doit plutôt rechercher l’unité. En Libye, l’heure est au partage et à la réconciliation. Il faut que tous les habitants «rament du même bord».

Q7 Quel conseil politique prodigueriez-vous au peuple libyen lors des prochaines élections ?

Il va falloir que les gens profitent des consultations publiques et n’hésitent pas à donner leur avis lorsque le moment sera venu. La politique n’est pas une structure divine, mais une structure humaine où une mobilisation est nécessaire pour faire avancer les choses. L’intérêt pour la construction et l’image de la nouvelle Libye doit être au cœur des préoccupations des citoyens. «Les bottines doivent accompagner les babines».

Q8 Quel type de personnalité devraient posséder les futurs dirigeants officiels du pays ?

Il va falloir des chefs qui ont les mêmes valeurs d’unité et de renouveau que les Libyens. Idéalement, je verrais une personne centriste modérée sur le plan politique. Les dirigeants auraient avantage à être éduqués et ouverts sur le monde. Tout en conservant un sens des traditions, ces personnes auraient tout intérêt à posséder de façon générale une vision rajeunie et de leur temps.

Historique de la guerre civile libyenne de 2011
Revendications :Principalement, une meilleure démocratie et une égalité des richessesPrincipales villes instigatrices du mouvement révolutionnaire: El Beïda, Darnha et Benghazi Chronologie du conflit :

15 février : Début de conflit qui déclenche une guerre civile

16 février : conflit sanglant entre les révolutionnaires et les milices au pouvoir

17 mars : Autorisation de frappes aériennes par le Conseil de sécurité des Nations unies contre les troupes de Kadhafi

19 mars : Coalition internationale pour la protection du peuple libyen

Fin août : Prise de la ville de Tripoli et fuite de Mouammar Kadhafi

20 octobre : Le dernier bastion de Kadhafi tombe aux mains du Conseil national de transition et Kadhafi est tué à Syrte.

23 octobre : Fin de la guerre civile qui a duré huit mois et libération de la Libye






«La démocratie n’est pas une pilule qu’on commande à la pharmacie et qui fait ensuite instantanément effet.» - Alain Soulard

Place à la vérité et à la liberté d'expression

Par Roxanne Proulx

Depuis 2010, le monde arabe connait des bouleversements inouïs. Dans plusieurs pays arabes, les peuples manifestent pour leurs droits et les régimes répriment ses soulèvements. Que réclament ces pays arabes? Qu’ont-ils en commun? Quels sont leurs différences? Voilà plusieurs questions auxquelles vous voudrez sûrement des réponses. Ces contestations viennent, entre autres, du mécontentement de la population sur les pouvoirs sclérosés, le taux de chômage élevé chez les jeunes, la répression, l’inégalité et les conditions économiques difficiles. Ce blogue a vu le jour pour encourager une vision partagée par ses gens opprimés : une recherche de l’information juste, de l’organisation et de la solidarité. Plusieurs analystes soutiennent que ce mouvement révolutionnaire provient des jeunes du monde arabe, avides de justice et de démocratie. Grâce à l’internet, ils ont de plus en plus accès à l’information et sont à l’affût des nouvelles et de la réalité. Nous sommes donc fiers de participer à un mouvement de changement et à promouvoir la liberté d’expression. Bonne lecture!

Activité Colombie

L’évènement sur les peuples autochtones: Une belle réussite! Une conférence très intéressante, un spectacle de Salsa où tous se sont déhanchés et des projections vidéos fascinantes. Merci beaucoup à tous ceux qui ont participé aux activités et ne manquez surtout pas notre projet sur les révolutions du printemps arabe en janvier. D’ici là, soyez sages et bonne fin de session!

Campagne de sensibilisation portant sur les autochtones de Colombie

Une série d’activités sur le thème des autochtones colombiens, organisée conjointement par Droits et Démocratie à l’Université Laval et Avocats Sans Frontière Laval, a lieu présentement à l’Université Laval. Plusieurs activités sont organisées, dont un spectacle de musique colombienne le 28 novembre à l’Atrium du pavillon De-Koninck de 11h30 à 12h30.

Mardi le 29 a lieu une conférence de Marie Léger et Philippe Tremblay, deux professionnels de Droits et Démocratie et d’Avocats sans frontières Canada. Durant la conférence, de la nourriture colombienne sera servie au public.

Où: à l’Atrium du pavillon Charles-de-Koninck

Quand: de 11h30 à 13h

Ensuite, l’Université Laval sera l’hôte de l’exposition de photos sur le peuple Nukak Maku de M. Juan Pablo Gutiérrez dans l’atrium du pavillon Charles-De-Koninck (DKN) du 28 au 30 novembre. Des membres de Droits et Démocratie à l’Université Laval et d’Avocats sans Frontières Laval seront notamment présents lors des évènements pour donner de l’information et sensibiliser les gens sur la situation des peuples autochtones colombiens et sur les différentes manières de faire sa part dans la lutte pour leurs droits, entre autres par le biais de la campagne des cartes postales. Venez en grand nombre!

Où: à l’Atrium

Quand: lundi de 8h à 18h, mardi de 8h à 16h et mercredi de 8h à 12h

Présentation du documentaire “Presunto Culpable”

La Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval vous invite à la projection du documentaire « Presunto Culpable » (Présumé coupable) qui fait état des abus du système judiciaire mexicain face à ses citoyens.

Date: 16 novembre 2011

Heure : 19 h 15 à 21 h 30

Lieu : Théâtre de Poche du pavillon Alphonse-Desjardins (2e étage) de l’Université Laval

N.B. : Stationnement disponible à côté du pavillon Alphonse-Desjardins et dans le sous-terrain

La projection du documentaire sera suivie par une période de questions et de commentaires.

Mettez fin à la faim – un rappel de la Journée mondiale de l’alimentation

16 octobre: Journée mondiale de l’alimentation from Laurence Houde-Roy on Vimeo.

Le 16 octobre dernier était la Journée mondiale de l’alimentation, avec comme thème “Prix des denrées alimentaires – de la crise à la stabilité”.

La fluctuation des prix, en particulier à la hausse, cause une grave menace pour la sécurité alimentaire dans les pays en développement. Cette crise frappe de plein fouet les populations victimes de pauvreté. D’après les chiffres de la Banque mondiale, l’augmentation des prix des aliments, en 2010-2011, a jeté près de 70 millions de personnes dans l’extrême pauvreté. Le thème de la Journée mondiale de l’alimentation de cette année, Prix des denrées alimentaires – de la crise à la stabilité, a été choisi pour attirer l’attention sur l’évolution de ce phénomène et sur ce qui peut être entrepris pour atténuer ses effets négatifs sur les populations les plus vulnérables. À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation 2011, nous devons étudier sérieusement les causes de la fluctuation des prix des denrées alimentaires et agir au plan mondial pour réduire ses effets sur les populations les plus faibles de la société.

La problématique de l’alimentation a cette année une portée tragique du fait de la famine somalienne. 4 millions de personnes y sont en situation de crise, et jusqu’à 750 000 pourraient mourir dans les prochains mois faute d’une réponse suffisante. La situation somalienne met en relief la difficulté de fournir de l’aide dans un contexte de guerre civile permanente et d’anarchie. Comment contourner les milices Shabaab, qui contrôlent de larges pans du territoire, mais qui refusent criminellement de reconnaître la famine et imposent leur loi par la brutalité et le racket? Peut-on se permettre, moralement, de ne pas aider? Les réponses claires se dérobent, seul subsiste un gouffre moral devant l’horreur de centaines de milliers d’humains déjà squelettiques, condamnés à une mort lente et atroce, avec la faim qui les harcèle et personne vers qui se tourner.

La faim est une sensation universelle et immédiate, et nourrir le monde est loin d’être une chose acquise. C’est à cela que nous vous invitons à penser. Le défi de l’alimentation demande les meilleurs talents disponibles, et est on ne peut plus actuel.

Journalistes et traducteurs recherchés

Dans le cadre de sa programmation sur le Printemps arabe, la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval lance un projet de blogue appelé Place Tahrir. Notre objectif est d’en faire une source d’information vivante et fouillée permettant de mieux comprendre les soubresauts et les changements à l’œuvre dans le monde arabe, et d’en suivre l’évolution.

De plus, en lien avec cette initiative, nous organiserons une semaine en janvier sur cette même thématique qui donnera l’occasion aux gens de mieux connaître et comprendre ce sujet complexe en participant à des activités. La contribution d’étudiants désirant offrir de leur temps et de leurs compétences sera grandement appréciée, que vous soyez membres ou non du Réseau étudiant Droits et Démocratie.

Nous souhaitons que le blogue soit une expérience collective avec une large portée. Pour ce faire, nous aurons besoin de journalistes pour les billets, mais aussi de traducteurs pour que le contenu soit bilingue. Si vous avez un intérêt envers le monde arabe, les enjeux de droits humains et politiques et l’écriture, nous vous encourageons à nous contacter.

Pour vous joindre à l’équipe de Place Tahrir, ou contribuer à l’organisation de la semaine qui aura lieu en janvier, écrivez au droitsetdemocratie@asso.ulaval.ca.

Ça recommence !

La Délégation Droits et Démocratie de l’Université Laval revient en grande forme ! De nouveaux venus dans le groupe et de nouveaux sujets sont au programme.

Lors de la réunion du 12 septembre dernier, la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval a pu former son comité organisateur pour l’automne, et choisir des sujets prioritaires pour sa programmation. Les postes exécutifs ont été attribués ou élus de la manière suivante:

- Délégué général: Jérémie Lebel
- Déléguée aux communications: Laurence Houde-Roy
- Déléguée aux finances: Nancy Dupont
- Secrétaire: Sabrina Zouaghi

La délégation s’est déjà penchée sur son programme pour la prochaine année, et vous en propose un bref aperçu. Deux sujets prioritaires sont ressortis des discussions, soit les révolutions en cours dans le monde arabe et la condition des autochtones au Canada et dans les Amériques. Les enjeux de droits humains reliés à la guerre contre les drogues ont également obtenu un appui fort.

Surveillez nos projets ! Reportages de sensibilisation, expositions, journées thématiques…les membres du groupe ont déjà plusieurs idées originales à développer au courant de l’année.

Pour rester au courant de toutes nos réalisations, nous vous invitons à visiter et «aimer» notre page Facebook

www.facebook.com/droitsdemocratieulaval

…et invitez aussi vos amis à le faire !

Pour toutes personnes intéressées à se joindre à la délégation, la prochaine réunion se tiendra au DKN 7114 à 19h, lundi le 19 septembre. Le local est accessible à partir de l’étage 5 du pavillon Charles-De-Koninck; des indications mènent vers l’étage 7 à partir de ce niveau, du côté de la Faculté des Lettres. Vous êtes les bienvenus !

Joignez-vous au comité ce lundi!

Vous désirez vous joindre à la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval? Il n’est pas trop tard! Lundi le 12 septembre à 19h aura lieu la réunion d’élection des membres du comité organisateur, d’attribution des postes de d’élaboration du programme préliminaire.

Quand?: lundi le 12 septembre à de 19h à 21h (au maximum)
Où?: pavillon Charles-de-Koninck, local 7141

La plupart d’entre vous n’êtes jamais allés au DKN 7141, qui est situé au niveau 7, un étage que plusieurs considèrent à tort comme une légende urbaine. Comment y arriver? C’est simple.

- Montez les escaliers jusqu’à la Faculté des Lettres
- Une fois à la Faculté des Lettres, montez les escaliers au milieu du couloir pour arriver à l’étage 5
- À l’étage 5, vers le milieu, vous verrez des indications menant vers le “Niveau 7″
- Suivez les indications et montez l’escalier
- Une fois en haut, tournez immédiatement à gauche et le local 7141 se présentera à vos yeux!

Votre présence est requise à la réunion si vous désirez occuper un poste au sein du comité exécutif. La priorité, lors du vote, sera donnée aux étudiants présents. Tous les candidats auront à défendre leur candidature par une courte présentation orale d’environ 1 minute. L’ordre du jour sera le suivant:

1) Mot de bienvenue
2) Rappel des postes ouverts
3) Prise des candidatures
4) Discours des candidats
5) Élection des délégués
6) Annonce des résultats et de la composition du comité exécutif
7) Information sur les ressources du Réseau
a- Manuel des délégations
b- Site web
c- Argent
8) Tempête d’idées sur les thèmes et pays à traiter
9) Adoption d’un programme préliminaire
10) Discussion sur la possibilité d’une charte
11) Clôture de la réunion et avis de la suivante

Pour plus d’informations, écrivez-nous à l’adresse disponible sur notre page d’accueil, et nous vous répondrons avec plaisir.

La DDDUL est de retour!



Dès septembre, la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval est de retour! Nous sommes à la recherche d’étudiants dynamiques intéressés par la cause des droits humains, dans le but d’élaborer des projets originaux qui rejoindront la communauté.

La DDDUL sera présente à la Rentrée UL, qui se tient au pavillon Desjardins les 6 et 7 septembre de 8h à 18h.Venez nous visiter si vous avez des questions, ou simplement si vous voulez en savoir davantage.

Ajoutez dès maintenant à votre agenda la date du 8 septembre à 11h30, au local DKN 1D. Nous tiendrons une séance de recrutement afin de former le comité d’organisation de la délégation. Nous cherchons un délégué aux communications, un secrétaire, ainsi que des organisateurs généraux.Nous vous invitons à vous présenter sans crainte; l’expérience en communications, par exemple, est valorisée mais pas obligatoire.

Également, nous accueillons avec enthousiasme tous ceux qui aimeraient être bénévoles, mais sans toutefois faire partie du comité organisateur, ou sans contribuer à tous les projets.

Retour sur l’événement annuel 2010




//Jérémie Lebel


Du 6 au 9 mai, j’ai eu la chance de prendre part à l’événement annuel du Réseau Droits et Démocratie, en tant que représentant de la délégation de l’Université Laval. Cet événement a réuni 11 délégués et quelques anciens du Réseau provenant d’endroits aussi réciproquement éloignés que Halifax et Nanaimo. Le but était d’obtenir un portrait juste de ce qu’est le Réseau aujourd’hui, pour ensuite avancer des idées visant à le renforcer.

De fait, plusieurs délégations sont encore jeunes et doivent composer avec un effectif réduit et des problèmes de recrutement. La continuité est l’enjeu majeur auquel le Réseau doit faire face, car un roulement élevé oblige à redoubler d’efforts en termes de formation des nouveaux. La délégation de l’Université Laval illustre cette situation à merveille. Durant une session universitaire, nous avons accompli un travail remarquable, organisant deux événements ainsi qu’un concours artistique. Nos événements ont bénéficié d’efforts de promotion énergiques et ont attiré un grand nombre d’étudiants. Pourtant, aucun des membres de l’exécutif ne sera présent l’an prochain. Les raisons sont diverses : départ pour une autre université, début d’une carrière, échange international, engagement prenant auprès du bureau d’aide juridique de l’université, etc. Comment, dans ces conditions, s’assurer d’une relève capable de porter le flambeau? Nous avons collectivement dégagé des moyens de faciliter le recrutement. L’équipe du Réseau se chargera cet été d’élaborer des outils dynamiques de formation, entre autres par le biais de vidéos pédagogiques.

Mais la fin de semaine n’a pas été consacrée qu’au recrutement, loin de là. Nous avons entre autres participé à un atelier sur l’égalité des sexes présenté par l’organisme CECI. L’idée était de rendre chacun plus sensible à la question afin d’intégrer cette notion à l’ensemble des activités du Réseau. Au contraire de la plupart des organisations, le Réseau Droits et Démocratie se caractérise par une très nette prédominance numérique des femmes. Ceci n’est pas mauvais en soi, mais peut entraîner une certaine prise de distance avec le public masculin. C’est là que joue la nécessité de garder en tête l’égalité des sexes.

Nous avons également effectué des études de cas mettant en scène des débats plausibles au sein d’une délégation donnée, par exemple sur la réalisation d’une activité sur l’Afghanistan et les droits des femmes. La question n’est pas simple, et y répondre demande une connaissance approfondie de l’engagement de Droits et Démocratie dans le pays et du contexte politique.

D’ailleurs, l’événement a permis à l’ensemble des participants d’acquérir une connaissance beaucoup plus claire de ce que sont Droits et Démocratie et le Réseau. La distinction entre les deux entités est une des questions les plus fréquemment posées lors des activités de recrutement. Pourtant, nombre de membres des délégations ne sont pas en mesure de fournir une réponse claire.

Je ne veux cependant pas que vous ressortiez de cette lecture avec une impression négative. Au contraire, l’événement annuel 2010 fut une expérience extraordinairement positive pour tous. Nous avons pu y mettre en commun nos connaissances et débattre honnêtement de ce que nous désirons de la part du Réseau. Le travail accompli à Montréal est une étape de plus vers ce que nous souhaitons construire.

SUR LA PISTE DES RÉFUGIÉS, éd. 2010 – Hélène Matte remporte le concours de fresque murale

Hélène Matte, étudiante à l’Université Laval, a remporté le concours de fresque murale organisé par la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval. Son œuvre, tirée d’un dessin fait en 2004 en République Démocratique du Congo, sera réalisée au cours du mois de mai. Elle interpellera les usagers des tunnels de l’Université.





Un enfant nous regarde, il ne demande rien. Il semble attendre. L’image et le texte en appellent d’abord à l’individualité, pour mieux souligner l’identité collective. Ils proposent une rencontre entre chacun et l’enfant. Ils créent un contraste entre deux contextes, celui de l’étudiant et celui du jeune réfugié. Le regard de l’enfant reflète l’attente mélancolique de l’observateur et suscite en lui un désir d’action. Par sa beauté, la fresque doit susciter la contemplation, inciter les gens à la remarquer et à s’y projeter. Par son contenu, elle doit donner envie d’être solidaire et de s’impliquer.

Au travers de ce projet, la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval réaffirme son désir de rendre plus concrète la situation des réfugiés. Cet engagement est né avec “Sur la piste des réfugiés”, une initiative novatrice et audacieuse qui a longtemps constitué notre événement phare.

Derrière les mots “personnes déplacées”, “situations conflictuelles” et autres “effets collatéraux sur la population civile”, il y a des drames humains bien réels. Des drames, mais aussi des histoires de persévérance et de détermination malgré des épreuves d’une cruauté inhumaine. C’est à ces hommes, femmes et enfants qui bravent des obstacles proprement incroyables dans l’espoir d’une vie meilleure que nous souhaitons rendre hommage.