De retour d’un voyage en Tunisie le mois de janvier 2012, le célèbre journaliste britannique de The Independent, Robert Fisk, fait un constat sombre de ce que vivent les Tunisiens un an après leur révolution pour la dignité et la chute de la dictature de Ben Ali. En plus d’un taux de chômage élevé parmi les jeunes (800 000 chômeurs sur un total de 3.5 millions de la population active), un taux de croissance annuel moyen de zéro pour cent durant l’année 2011, ce qui est normal dans un pays en transition et où 80 pour cent des entreprises internationales ont quitté la Tunisie, Fisk découvre un nouveau visage de cette dernière.
En effet, l’élection d’un parlement à majorité islamiste, avec 40 pour cent des sièges obtenus par le mouvement Islamiste Ennahda et surtout la montée d’un courant du fondamentalisme religieux, le Salafisme, ont donné naissance à l’intolérance sociale menant à maintes reprises vers la violence et la terreur, des valeurs inconnues par les femmes et hommes tunisiens même pendant la dictature de Ben Ali.
On ne peut pas nier le fait que les islamistes et les Salafistes sont ceux qui ont le plus souffert de la dictature du président déchu Ben Ali. Or, après des décennies d’emprisonnement, de torture et d’interdiction du travail politique ou associatif, ces courants trouvent dans la Tunisie post-révolution le climat favorable à leurs comportements non conformes aux valeurs et à l’Histoire de ce pays qui datent de plusieurs longs siècles.
À titre d’exemple, la ville de Sejnane au nord du pays s’est transformée début 2012 en un Émirat salafiste où les tenants de ce courant sèment la terreur et imposent leur loi selon le quotidien tunisien El Maghreb. Pour les Salafistes qui sont en total désaccord avec le mouvement islamiste d’Elnnahda, parce que la Tunisie est libre et est redevenue majoritairement islamiste, c’est à eux de faire appliquer la religion même en semant la terreur et l’anarchie et en intimidant les gens parce qu’ils ont commis tel ou tel péché.
C’est le cas dans cette ville tunisienne du Nord, en l’absence de l’État et des autorités sécuritaires, une poignée de salafistes profite de la situation pour faire appliquer les limites de la religion sur les pécheurs. Certains de ces derniers ont bu de l’alcool.
Loin de Sejnane et à 160 KM à l'ouest de la capitale Tunis, dans la ville de Jandouba, les Salafistes sont allés trop loin en défiant les autorités de l’État tunisien. (Il faut rappeler que la notion de l’État-nation moderne comme on la connaît n’existe pas dans leur dictionnaire, mais mettre en place un Califat islamique où la Charia se pratique à la lettre reste leur souhait le plus vif). En effet, le jeudi 23 février 2012, ils ont mis le feu à un commissariat de police après l'arrestation de l'un d'entre eux.
Selon ce que le quotidien d’information générale 20 minutes a rapporté : « Les forces de sécurité poursuivent quelque deux-cents salafistes armés d'épées et de bâtons après un échange de cocktails Molotov et de grenades lacrymogènes », raconte Omar Inoubli, un habitant de la ville de Jandouba. « Ces groupes ont mis le feu à un commissariat. Les haut-parleurs des mosquées diffusent des appels au Jihad (guerre sainte) », ajoute-t-il.
Dans la ville de Jandouba comme celle de Sejnane et ailleurs, les Salafistes ne sont là que pour créer d’autres tensions sociales et politiques dont la Tunisie n’a pas besoin, surtout dans cette étape historique critique que traverse le pays. Vouloir imposer un mode de vie strict, des tenues vestimentaires, pour les femmes et pour les hommes, importées de la péninsule arabique ou du Golfe Persique ne va en rien aider la Tunisie, État et société, à dépasser la crise qu’elle vit comme ne va pas non plus servir l’Islam et son message que les tenants de ce courant idéologique prétendent diffuser.
Avec la crise économique, la montée du fondamentalisme religieux en Tunisie doit être vue comme la pire menace de l’État de droit pour lequel les Tunisiens ont fait leur révolution et aussi à ce que les Tunisiens ont acquis en matière de libertés.






